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LA COUPE DU MONDE 2026, VITRINE D’UN « TRUMPISME » SPORTIF

Par Hyba Ghars
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⏱ 12 min de lecture
📅 12-06-2026
LA COUPE DU MONDE 2026, VITRINE D’UN « TRUMPISME » SPORTIF

On nous avait promis le pays de la liberté. On va surtout redécouvrir celui du deux poids, deux mesures.

Le ballon rond roule sur le sol américain, co-organisateur avec le Canada et le Mexique. L'affiche fait rêver. Pourtant, à scruter les faits, une question s'impose : où est passée la boussole morale de la communauté internationale ?

Pendant que la FIFA et les médias occidentaux célébrent la « plus grande Coupe du Monde de l'histoire », rappelons-nous le traitement infligé aux autres. Parce qu'ici, ce qui était une ligne rouge absolue devient soudainement un détail logistique.


1. La surveillance de masse, mais version « smart stadiums »

En Russie, on parlait de « fichage des supporters ». Au Qatar, on dénonçait la reconnaissance faciale dans les stades. La technologie utilisée par le comité d'organisation was qualifiée d'outil de « Big Brother » par Amnesty International.

Pour 2026, les stades nord-américains, notamment le MetLife Stadium ou le SoFi Stadium, sont des temples de la surveillance biométrique, développée par des entreprises comme Clearview AI, une société condamnée pour 30,5 millions d'euros en Europe pour collecte illégale de données faciales, mais parfaitement légale chez elle. La FIFA va même y tester un système d'arbitrage vidéo basé sur l'IA avec caméras corporelles sur les arbitres et alertes automatiques SAOT.

Ce qui était dystopique à Doha devient « innovant » à Dallas. Le même dispositif sécuritaire change juste de nom : ici, ce n'est pas du contrôle social, c'est de la « fluidification de l'expérience spectateur ».


2. Des ouvriers invisibles mais toujours exploités

Le Qatar a été le théâtre d'un procès médiatique mondial sur les conditions des travailleurs migrants, avec des chiffres de mortalité débattus sans fin, allant de 400 à plusieurs milliers selon The Guardian.

Aujourd'hui, qui parle des chantiers américains ? Une enquête de l'Economic Policy Institute révèle pourtant que les travailleurs immigrés du bâtiment aux États-Unis subissent un taux de violation du salaire minimum deux fois supérieur à la moyenne nationale et que le vol de salaire y est systémique. Au Texas, la loi interdit aux villes d'imposer des pauses eau obligatoires aux ouvriers du bâtiment, alors que le mercure tutoie les 45°C.

Ces ouvriers-là n'intéressent personne. Ils ne construisent pas des stades dans un émirat, ils les construisent dans une démocratie.


3. La guerre hybride et le patriotisme obligatoire

L'invasion de l'Ukraine par la Russie avait valu à cette dernière une exclusion immédiate des qualifications pour le Mondial 2022, au nom de la « paix par le sport ». Une décision ferme et saluée.

En 2026, les États-Unis accueillent le monde tout en fournissant des armes à Israël dans le cadre de la guerre à Gaza, où le bilan humain dépasse les 50 000 morts et où des infrastructures sportives ont été détruites. La Fédération palestinienne de football a officiellement demandé la suspension d'Israël à la FIFA en mai 2024, demande enterrée sans éclat médiatique.

On attend encore la tribune de Gianni Infantino (Président de la FIFA) dénonçant les « circonstances géopolitiques » de son propre pays hôte.


4. Le visa n'est pas un privilège, c'est une arme

On nous a répété que la Coupe du Monde était la fête du peuple. Mais en 2026, certains peuples devront montrer patte blanche avant d'avoir le droit de fouler le sol américain. Pas les supporters allemands ou français. Eux, on les attend avec des barbecues dans les fan zones. Non. Les supporters, journalistes et même les joueurs issus de pays classés dans le collimateur de Washington.

Pendant que Gianni Infantino parle de « football qui unit le monde », l'administration américaine impose un parcours du combattant à plusieurs nations qualifiées. Un deux poids, deux mesures qui commence avant même le coup d'envoi.


5. L’humiliation anticipée du Sénégal

Le Sénégal, champion d'Afrique 2022 et valeur sûre des phases finales, pourrait arriver aux États-Unis amputé de sa ferveur populaire. Pourquoi ? Parce que les Sénégalais sont soumis à la politique de visas la plus restrictive et humiliante qui soit.

Contrairement aux supporters de l'Union européenne ou du Japon, les ressortissants sénégalais doivent non seulement obtenir un visa touristique classique, mais aussi un visa de transit, même pour quelques heures à New York ou Atlanta, formalité coûteuse et au taux de refus extrêmement élevé. Pire : le Département d'État américain classe le Sénégal parmi les pays dont les ressortissants sont soumis à des « vérifications de sécurité additionnelles » pouvant prendre plusieurs mois, sans aucune garantie de réponse avant le match d'ouverture.

Résultat : en 2022, le taux de refus de visa B1/B2 pour les ressortissants africains oscillait entre 30% et 60% selon les consulats, Dakar enregistrant un taux de refus de près de 58%. Traduction : plus d'un supporter sénégalais sur deux pourrait être interdit de stade avant même d'avoir acheté son billet d'avion.

Qui dénonce ? Silence radio des fédérations occidentales, qui n'auront pas ce problème.


6. L’Iran : l'équipe qualifiée que Washington ne veut pas voir

L'Iran a été l'une des équipes les plus spectaculaires de la Coupe du Monde 2022. En 2026, sa présence est un caillou dans la chaussure de l'administration américaine.

Depuis 2017, les États-Unis imposent une interdiction de voyage (travel ban) élargie visant les ressortissants iraniens, sous couvert de « menace terroriste ». Les exemptions pour événements sportifs sont discrétionnaires. En clair : chaque joueur, staff, journaliste et supporter iranien devra négocier son entrée au cas par cas, sans assurance d'obtenir un visa à temps.

La FIFA a bien tenté de négocier un corridor humanitaire sportif, mais le Congrès américain, verrouillé par des élus hostiles à Téhéran, a menacé de bloquer toute dérogation collective. Pourtant, 10 jours avant le match d'ouverture contre New Zealand le 15 juin, les joueurs iraniens ont enfin reçu leurs visas.

En 2022, la Russie avait été bannie du mondial pour invasion militaire. En 2026, les USA ont banni de fait l'Iran par paperasse administrative pendant 7 mois, jusqu'à la dernière ligne droite.


La menace plane sur d'autres délégations du « Sud Global », le Sénégal et l'Iran ne sont que la partie émergée du soft power punitif américain :

  • Nigeria : « Procédures de filtrage extrême » 
  • Haïti : Ban de voyage juin 2025, exceptions rares 
  • Soudan, Yémen : Sanctions unilatérales américaines, visas de transit quasi impossibles 
  • Iraniens/Syriens, double nationalité : Blocage par contrôles aléatoires, décret 13780 jamais entièrement abrogé, 
  • Brésil, Colombie, Egypte :Pause visa immigrant 75 pays depuis janvier 2026 


7. Le chantage au visa : un outil géopolitique déguisé en formalité

Il faut appeler les choses par leur nom : en conditionnant l'accès au territoire à des critères politiques, les États-Unis transforment la Coupe du Monde en outil de diplomatie coercitive.

Le 14 janvier 2026, Trump a suspendu indéfiniment le traitement des visas immigrant pour 75 pays, dont Brésil, Colombia, Egypte, Sénégal, Nigeria, Iran. Mais le 20 janvier, le State Department a lancé le FIFA Priority Appointment System pour fast-track les visas des fans avec tickets. Traduction : les fans privilégiés ont priorité, les autres attendent – et beaucoup ne seront jamais répondus.

Comme le rappelle le rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme, « la politique de visa américaine est structurellement discriminatoire envers les pays du Sud ».

Imaginez la finale de la CAN 2025 remportée par le Sénégal, ses supporters entonnant « Allez les Lions » devant leur écran, non pas par choix, mais parce que l'ambassade américaine aura jugé leur profil « à risque de non-retour ».

Si demain un pays du Golfe ou la Russie imposait ne serait-ce que 10% de ces restrictions, l'Occident hurlerait au scandale. Mais parce que l'hôte est un allié, la FIFA ferme les yeux et les rédactions rangent leurs calculettes.


8. Le verdict du double standard

Le problème n'est pas de critiquer le Qatar, la Russie ou d'autres. Le problème, c'est que les règles sont pliables, et qu'elles se plient toujours dans le même sens : celui des puissants.

Comme l'analyse le sociologue du sport Jean-Baptiste Guégan : « Il existe une géopolitique de l'émotion. On ne s'indigne pas des mêmes morts, ni des mêmes lois, selon le camp diplomatique auquel on appartient ».

En 2026, préparez-vous à une couverture médiatique qui vous parlera de pop-corn, de shows à la mi-temps et de technologie avancée. Mais pas un mot sur le reste. Ce sera une Coupe du Monde propre sur elle, car nettoyée de toute critique gênante.

Sauf si nous, la génération qui a grandi avec une connexion internet et un détecteur d'hypocrisie affûté, refusons ce récit aseptisé.

Le double standard ne se niche pas seulement dans les tribunes ou la surveillance. Il commence avant le coup d'envoi, dans les consulats et les formulaires administratifs. La Coupe du Monde 2026 ne sera pas la plus inclusive de l'histoire. Elle sera la plus filtrée.

Et c'est nous, journalistes de la Gen Z, qui aurons à cœur de rappeler qu'un supporter noir venu d'Afrique n'est pas un immigré clandestin en puissance. C'est un citoyen du football, à qui l'on refuse son droit de cité.


#VisasPourTous #FootballIsNotACrime #Mondial2026 #FIFA2026 #DeuxPoidsDeuxMesures #GenZRéveilleLaRédac


Sources vérifiées :

- ESPN, « No respite for World Cup fans affected by Trump travel restrictions » (18 février 2026)

- Privacy International, « Challenge against Clearview AI in Europe » (12 octobre 2025)

- Netherlands DPA, « Clearview AI fined 30.5 million euros for GDPR violation » (16 mai 2024)

- ESPN, « How will VAR and semi-automated offside technology work at the 2026 World Cup? » (9 juin 2026)

- Economic Policy Institute, « Wage theft in the US construction industry » (2023)

- Mother Jones, « During an Extreme Texas Heat Wave, Gov. Abbott Ended Local Rules Requiring Water Breaks » (25 juin 2023)

- Al Jazeera, « Palestinian call for Israel football suspension delayed again by FIFA » (31 août 2024)

- NYT, « Soccer's Governing Body Delays Vote on Palestinian Call to Bar Israel » (17 mai 2024)

- Middle East Eye, « After more than two and half years of war that devastated much of Gaza's sporting infrastructure » (7 février 2026)

- Politico, « The State Department's secret playbook for using sports to advance Trump's agenda » (17 janvier 2026)

- CNN, « US suspending immigrant visa processing for 75 countries » (14 janvier 2026)

- Al Jazeera, « Trump suspends immigrant visas for 75 countries: Who's affected? » (15 janvier 2026)

- BBC, « US opens priority visa appointment system for World Cup » (20 janvier 2026)

- FIFA, « World Cup 2026 ticket holders to benefit from prioritised U.S. visa appointments » (17 novembre 2025)

- Bloomberg, « US Says It's Fast-Tracking Visas for World Cup Ticket Holders » (20 janvier 2026)

- ESPN, « Iran players receive U.S. visas for 2026 World Cup » (4 juin 2026)

- Al Jazeera, « Iran footballers issued US visas for World Cup, says White House » (5 juin 2026)

- UN Special Rapporteur on racism, « Visit to the United States of America » (15 mai 2024)


À propos Hyba Ghars

Journaliste d'investigation, rédactrice et chasseuse de talents

Née en août 2003, Hyba Ghars incarne la nouvelle génération de journalistes tunisiens : audacieuse, exigeante et profondément engagée. Douée d’un haut potentiel intellectuel et d’une curiosité insatiable, elle combine une vivacité d’esprit remarquable à une capacité d’analyse pointue. Sa plume incisive et son sens du récit font d’elle une voix incontournable pour décrypter les enjeux politiques, sociaux et culturels qui traversent la Tunisie et le continent africain.

Spécialiste des enquêtes de terrain, Hyba sait creuser au-delà de l’évidence, sa signature journalistique mêle rigueur factuelle, sensibilité humaine et style narratif percutant, offrant au lecteur des portraits et des enquêtes éclairants. Par ses interviews, elle met en lumière les talents émergents et les initiatives porteuses de changement, contribuant activement à la construction d’un avenir porté par la génération Z.

« Chasseuse de têtes », elle repère, valorise et connecte les talents aux opportunités qui leur permettront d’agir et d’innover. Sa détermination et son charisme font oublier sa jeunesse : les personnes qu’elle rencontre sortent souvent transformées et inspirées.

Hyba Ghars enrichit notre rédaction par son leadership, sa curiosité infatigable, son exigence éthique et son talent pour mettre en lumière les dynamiques contemporaines et découvrir ceux qui façonnent l’avenir…


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